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5 - Des étendues agricoles aux portes de la métropole

publié le 31 mars 2014 (modifié le 23 mars 2017)

"On n’est plus au XIXème siècle, on ne fait pas des Bois de Boulogne ou des Bois de Vincennes pour compenser les contraintes de la ville. On a des espaces beaucoup plus larges, une mobilité beaucoup plus grande, donc l'espace agricole de production devient paysage. Les rurbains qui viennent s'installer à la campagne, ils viennent s'installer pour profiter du paysage qui est créé par l'exploitation agricole. C'est l'enjeu dans la région urbaine. Les parcs périurbains sont des espaces de production agricole."

Michel VIOLLET, paysagiste.
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© 2014 Agence B. Folléa - C. Gautier paysagistes urbanistes / DRIEE-IF / Conseil Général des Yvelines

Un beau damier de champs vers Gommecourt.

En couvrant près de 40% des Yvelines (89 000 ha), l’agriculture offre et gère encore une superficie remarquable pour un département de l’agglomération parisienne, soumis pourtant depuis 100 ans à une très forte pression d’urbanisation.
En termes de paysage, la valeur majeure de l’agriculture est d’offrir « gratuitement » de larges espaces ouverts et dégagés. C’est grâce à l’agriculture que les vues s’ouvrent généreusement sur les plateaux et dans les plaines, entre la masse des forêts et celle des villes : ouverture de la plaine de Versailles (ru de Gally) dans la prolongation de la perspective du château ; des plaines de la vallée de la Seine et de ses terrasses alluviales ; des vallonnements du Vexin ; de la plaine de Houdan ; du plateau Mantois ; des plateaux du Hurepoix (parc naturel régional de la haute vallée de Chevreuse) au sein et en lisière de la forêt de Rambouillet ; et du plateau de la Beauce au sud.

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© 2014 Agence B. Folléa - C. Gautier paysagistes urbanistes / DRIEE-IF / Conseil Général des Yvelines

Un bocage encore très lisible sur les pentes de la vallée de la Vaucouleurs, entre Vert et Villette.

Ces ouvertures s’opèrent aussi grâce à l’agriculture sur les coteaux, aujourd’hui plus modeste mais non moins essentielle pour les paysages : elle dégage les vues les plus étonnantes du département et enrichit les ambiances et les milieux par des productions spécifiques.

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© 2014 Agence B. Folléa - C. Gautier paysagistes urbanistes / DRIEE-IF / Conseil Général des Yvelines

A la faveur d’un affluent de la Mauldre, précieux paysage d’intimité à préserver .

L’agriculture façonne le paysage des vallées et vallons, creusets précieux d’ambiances intimes emblématiques des Yvelines.

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© 2014 Agence B. Folléa - C. Gautier paysagistes urbanistes / DRIEE-IF / Conseil Général des Yvelines

Des plateaux agricoles fertiles vastes, aplanis et ouverts, mais souvent bordés d’horizons boisés qui évitent la monotonie. Ici au-dessus de Dampierre.

Si les grandes cultures dominent le paysage yvelinois, elles ne composent pas dans les Yvelines de paysages aussi radicalement simplifiés qu’ailleurs dans la région Ile-de-France ou dans les régions voisines (départements de l’Eure et de l’Eure-et-Loir). Cela tient aux coteaux et aux forêts évoqués ci-dessus : omniprésents à travers le territoire, ils tempèrent les dimensions des espaces cultivés en dessinant leurs horizons boisés familiers.
Par leur situation et leur nature, ces surfaces agricoles de productions apparaissent néanmoins fragiles face aux pressions urbaines et subissent de nombreux conflits d’usages.
Jusqu’au début du XXe siècle, les espaces agricoles de proximité alimentaient Paris. Aujourd’hui le modèle économique tourne l’agriculture vers des débouchés nationaux et internationaux et ce lien "alimentaire" avec le territoire s’est distendu. Néanmoins une forte demande sociale existe pour consommer des produits "du terroir" et protéger la qualité des paysages agricoles en tant que cadre de vie. Cette demande est également orientée sur une agriculture environnementale. Celle ci favorise la diversité des paysages.

Quel enseignement tirer de cette valeur ? Comment valoriser le paysage sur cette base ?

Les espaces agricoles constituent aujourd’hui un potentiel essentiel de valorisation des paysages yvelinois. L’enjeu tient dans la prise de conscience du rôle des espaces agricoles au sein d’une métropole en développement. Cet enjeu implique des dispositions pour le maintien et la protection des terres face à la pression de l’urbanisation et les documents de planification en sont un outil. Il implique également de concilier la juxtaposition entre deux mondes qui s’ignorent voir s’opposent (la ville et les champs) pour gagner coexistence et respect mutuel. Une telle reconnaissance peut inciter à limiter intrusions et dégradations des récoltes, favoriser l’économie locale par les circuits courts, la vente directe, la cueillette à la ferme et permettre la sensibilisation par fermes pédagogiques et des circuits de découverte. Un enjeu est de répondre à la demande sociale vis-à-vis de la qualité des produits et d’encourager les pratiques de culture raisonnées, voire biologiques, qui favorisent la diversité dans les paysages. En termes de paysage et de continuités écologiques, un nouvel enjeu serait de concilier la rentabilité de la production avec la diversité végétale déjà présente : arbres, haies, bosquets…. La demande de randonnée (piéton, vélo, cheval) dans les grands espaces se développe et le pari serait de l’organiser sans nuire à la production.
Des projets de valorisation des territoires qui rassemblent les approches trop souvent séparées d’urbanisme, d’économie agricole et de paysage, à l’écoute des demandes et des acteurs , peuvent ouvrir sur des outils d’organisation et de pérennisation des paysages, voire de valorisation économique et touristique.